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L’AFFAIRE OBAMA EPISODE 2

REUTERS/JIM BOURG

Le candidat démocrate parviendra-t-il à métisser la Maison Blanche ?
Aujourd’hui, l’épisode 2 : Obama Vs. Lionel Jospin.

Denver, Colorado. Convention démocrate pour la nomination du candidat du parti à l’élection américaine de novembre.
Michelle Obama, Ted Kennedy, Joe Biden, les Clinton, Scarlett Johansson se succèdent sur la scène du grand stade, électrisent la foule, 84 000 partisans chauffés à blanc.
Puis vient Barack. L’Homme. Le Héros. “Nous sommes ici parce que nous aimons trop notre pays pour laisser les quatre prochaines années ressembler aux huit dernières“, scande-t-il dans une atmosphère de soir de victoire.

La Rochelle, au même moment. Dans un appartement cossu avec vue sur le port, d’autres candidats : la convention du Parti Socialiste français s’est ouverte depuis peu. La nuit succède aux premiers échanges, aux premiers accrocs. Pourtant ils sont tous là, ce soir.
Sur sa moquette épaisse, le grand salon s’embrume dans un silence de plomb. La télévision muette, diffusant en boucle les images du camp démocrate américain soudé comme une famille réunie autour d’un feu chaleureux après l’orage, les nargue. Dans les verres tournent quelques alcools chers, capiteux sous la glace qui tintinabule doucement. Chacun, enfoncé dans son fauteuil et la tête dans les épaules, parle en secret à son verre, feuillette l’un des magazines qui traînaient sur la table basse, consulte le wap sur son portable.

“Il faut faire quelque chose !” François Hollande, frappant soudain ses mains sur ses cuisses, s’extirpe du club en cuir capitonné qui l’aspirait. “Faut qu’on fasse quelque chose. Mais regardez-le, lui ! s’énerve-t-il en désignant l’écran de télé vibrillonnant. Pourquoi nous on n’y arrive pas ! Pourquoi ?
- Ah mais tais-toi donc, et éteint-moi ça, réagit Ségolène Royale. Elle vient de terminer le long coup de fil qu’elle passait depuis l’une des chambres attenantes au grand salon. Préparait-elle son voyage à Florence ? Manigançait-elle une salve contre le gouvernement ? Ou bien pire ?
Elle claque son téléphone portable d’un coup sec.
- La France n’est pas l’Amérique. Si on tente de faire la même chose, on va encore se planter.
- C’est pourtant un type comme lui qu’il nous faudrait ! l’interrompt Manuel Valls. Un leader, quoi. Nous, on a tous l’impression d’être providentiels, mais réveillons-nous deux secondes : aucun de nous n’a son charisme.
L’outsider du PS se fige devant l’écran de télévision, les mains au fond des poches.
- Oui, poursuit-il, c’est lui qu’il nous faut.
- Ah ah ! j’ai cru une seconde que tu étais sérieux, ironise Hollande.
- Mais je le suis ! Il nous FAUT Obama. Imaginez un peu, si seulement il perdait les élections américaines, on pourrait peut-être le récupérer…
- Tu es fou, tu es fou ! Il est fou. Obama va évidemment les gagner, ces putains d’élections, et on doit faire pareil ! conclut Hollande.

- C’est pas si con…
Dans l’ombre, debout devant la grande baie vitrée, chemise ouverte au col et sortie du pantalon, Bertrand Delanoë avait presque réussi à se faire oublier.
- … pas si con, Manuel. Ce qu’il faudrait, c’est l’aider à perdre. On peut peut-être encore y arriver…
- D’accord Bertrand, intervient Martine Aubry. D’accord, explique-toi. A quoi tu penses ? C’est quoi exactement, ton idée ?
Les yeux dans la nuit rochellaise, Delanoë porte son verre à son nez. Le respire, velours sur ses papilles. Ca l’aide à réfléchir. Ca l’a toujours aidé. Très fin, ce scotch. la pointe de tourbe est présente, certes, mais sans agresser. Derrière, le sel et les épices dansent dans un léger vertige. Et cette fin en agrumes, un bonheur. Du chocolat aussi, à peine. De la cerise ? Penser à s’en faire livrer une douzaine.
- Ce qu’il nous faut, c’est un spécialiste. Je ne vois qu’un seul homme capable de faire ça : “notre” spécialiste. Laissons-le infiltrer le camp d’Obama, le conseiller comme lui-seul sait le faire, tranquillement, mais sûrement. Il faut faire vite, il a deux mois pour le faire perdre. Oui, envoyons-lui notre homme. Lui seul est capable de faire chuter Obama. Ensuite, à nous de le récupérer.
Delanoë se tourne vers ses camarades. Il réussit enfin à détacher son regard de la tour séculaire qu’il braquait des yeux depuis de longues minutes, comme un missile à tête chercheuse. La Tour Saint-Nicolas.
- Appelez-le. Appelez-le tout de suite.
Mais inutile d’insister : François Hollande avait déjà saisi son téléphone mobile, déjà composé un numéro, déjà raclé sa gorge pour mieux convaincre. “Allo, Lionel ? Oui c’est François. On a un boulot pour toi…”

A suivre…


P.S.
Un jeune garde du corps se penche discrètement vers un collègue plus expérimenté :
- C’est qui ce spécialiste de la défaite ?
- Laisse tomber gamin, t’es trop jeune pour souffrir avec ce genre de souvenirs.


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